Le puit
Les tulipes de Guermia
Finalement j’ai opté pour le jean stone.
J’ai commencé la journée par un statut : et si je mettais une jupe, du vernis et du maquillage comme ça je n’aurais plus qu’à penser.
Evidemment la pile de linge et la pluie du jardin, m’ont fait fuir. J’ai pris un bain d’une heure, chose que je ne fais jamais, pour marquer le coup.
Il paraît que c’est la journée de la femme.
Le bouquin a failli tomber dans l’eau. Je ne le finirai pas aujourd’hui, mais il est facile à lire. C’est le genre que tu lis pour éviter de réfléchir, même si son titre aurait pu s’adapter à ma volonté.
Mais au fond, je ne regrette rien de ma vie.
Les conneries j’en ferai encore, je cours après faut croire, elles me forgent et me donnent à écrire, aussi.
La seule décision sérieuse qui me vienne à l’esprit ces temps-ci est qu’il faut que je voyage. Enfin, que je sorte de chez moi. Que je voie d’autres paysages, d’autres gens.
Si je veux pouvoir supporter la vie et son train-train, le manque de nouveauté qu’elle m’apporte à part les soucis qui peuvent me ronger, il me faut un expédient. Des étapes dont la vague s’échoue longtemps.
L’impression de ne pas avoir vécu.
D’avoir vécu jusqu’à 17 ans et puis après, rien que de l’ordinaire.
C’est le mouvement qui fait la vie. L’immobilisme me tue, me forge une gangue opaque qui me rend aveugle aux petits détails qui avant, me suffisaient.
Y’a la photo.
J’y reviens au final, à ce désir aussi vieux que moi, de faire des photos qui racontent. Evidemment je suis prétentieuse, évidemment je n’ai pas de talent, ou pas assez pour en vivre, je suis réaliste, c’est comme pour les mots, ceux des autres…
Mais c’est ce que j’aime. Qui m’éveille. Ce sont les seuls moments enthousiastes des derniers mois, les photos. Plus précisément les photos reportages.
Y’a ce voyage. La Corse.
J’y vois un défi.
Partir et raconter, retranscrire en mots et photos. Tout dire ce qui me passe par la tête. Le noter sur un cahier.
C’est un défi personnel. Je dois arriver à faire ça, sans me laisser détourner de ma tache par les enfants, le mari. Tout prendre comme matière première. Les inclure dans mes mots. A ma façon.
Je ne saurais pas dessiner, j’espère pouvoir photographier. Voir ce qu’il faut voir, ou voir ce qui est caché.
J’en sais rien au fond, si ce n’est que ce voyage, comme un quelconque voyage, doit me dire si je saurais faire ça. Si je vaux ça, au moins.
Y’a les stores qui sont encore baissés. Mes cheveux dégoulinent dans mon cou. Le linge est en paquet sur le canapé qui me fait face. Une vague odeur de tabac flotte dans la pièce. Des cendres sont tombées du poêle depuis hier soir. Je suis en chaussettes. Il ne fait ni beau ni mauvais. La radio babille des voix de femmes, sur le printemps arabe.
La Corse, ce sera mon printemps à moi. Une nouvelle vie, je dois.